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29 septembre 2026

L’inondation

Nicolas Idier

Nicolas Idier - L’inondation
© Caractère libre

“ On ne savait pas si on buvait un Margaux, un Château Giscours ou un vin plus modeste ”

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Une histoire de Nicolas Idier, écrivain et haut-fonctionnaire, rencontré au Salon Livres en Vignes du château du Clos de Vougeot.
Il y présentait son livre “Hyperkarma”

L’histoire sur le vin qui m’a le plus marqué remonte à mon enfance. Mes parents avaient une maison sur l’île d’Oléron à Chéray, commune de Saint-Georges, au cœur de l’île. C’était une ancienne ferme avec une cave pour y entreposer le vin.

Mes grands-parents maternels avaient cette habitude à chaque fois qu’ils venaient, d’amener de bonnes bouteilles : des grands crus classés, des Margaux, des Haut-Brion, des Saint-Émilion, des côtes de Graves. Parfois aussi des vins plus légers comme les Entre-deux-Mers que mes parents entreposaient chaque fois bien sagement dans la cave.

Un jour, qui devait être en hiver, un tuyau a lâché dans cette cave qui s’est littéralement remplie d’eau au point d’arriver jusqu’au niveau de la porte du rez-de-chaussée. Ce n’était pas juste un mètre ou deux, cela devait être six mètres d’eau sur l’entièreté de la cave. Le temps que l’on s’en rende compte et que les pompiers arrivent, les bouteilles avaient chacune eu le temps de sortir de leur caisse et de remonter à la surface. Elles flottaient. Et les étiquettes s’étaient décollées.

Le problème, c’était que toutes ces bouteilles étaient des bouteilles de Bordeaux, donc toutes de forme équivalente.

Ce qui était extraordinaire dans mon souvenir c’est que mon père s’amusait beaucoup de cela.
À chaque fois qu’il invitait des gens, qu’on avait des amis ou de la famille à la maison, il amenait une bouteille sans étiquette. Il expliquait ce qui s’était passé dans la cave, ouvrait la bouteille et c’était la roulette russe.
On ne savait pas si on buvait un Margaux, un Château Giscours ou un vin plus modeste que mes parents avaient acheté sur le marché de Chéray. On n’était pas marqué par le château ou l’appellation. Il y avait quelque chose de très détendu.

Je ne buvais pas de vin à l’époque mais je crois que mon goût du vin a commencé comme ça, dans un côté un petit peu drôle et ludique. Aujourd’hui, j’adore le vin. Je suis un immense amateur de vins, de Bourgogne autant que de Bordeaux, du Jura, du Roussillon mais aussi des petits vins des Charentes qui sont très agréables.

La cave de mes parents est maintenant vidée mais la magie de la dégustation à l’aveugle est restée. C’est quand même génial. On a fait la révolution dans le vin. Une sorte de révolution communiste où toutes les bouteilles étaient les mêmes. C’étaient les citoyennes bouteilles qu’on a bues pendant des années.

ACTUALITÉ

Hyperkarma de Nicolas Idier
« Ici-bas, il suffit d’un coup de pioche pour tomber sur un mort ou un coffre rempli d’or. Delhi n’est pas une ville, mais un réservoir, une arrière-cuisine, un débarras, une île au trésor. »
Dans les souterrains de Delhi, une enfant disparaît. Son portrait envahit les murs de la ville, accompagné d’un mot peint en lettres gigantesques : HYPERKARMA. Promesse d’une « pure nation » ou crime contre ce que l’humanité a de plus précieux ? Sita, une jeune avocate rebelle, ouvre l’enquête.

Sélection du Grand Prix du roman de l’Académie française 2026